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QUAND L'HUMANISME FAIT FRONT CONTRE L'INHUMANITÉ

À CHAQUE ARRIVÉE D'UNE EMBARCATION, C'EST LE MÊME RITUEL; LES ONG ET BÉNÉVOLES FONT LEUR POSSIBLE POUR PRENDRE EN CHARGE EN PRIORITÉ LES ENFANTS ET LES FEMMES, TRÈS NOMBREUX À TRANSITER PAR LESBOS DEPUIS LE MOIS D'AOÛT DERNIER. (Crédit Ilias Kyriakidis) À CHAQUE ARRIVÉE D'UNE EMBARCATION, C'EST LE MÊME RITUEL; LES ONG ET BÉNÉVOLES FONT LEUR POSSIBLE POUR PRENDRE EN CHARGE EN PRIORITÉ LES ENFANTS ET LES FEMMES, TRÈS NOMBREUX À TRANSITER PAR LESBOS DEPUIS LE MOIS D'AOÛT DERNIER. (Crédit Ilias Kyriakidis)

Témoignage Exclusif LPLD

Le contexte du témoignage qui suit est bouleversant et provient de deux amis parisiens, Ilias et Ulysse, originaires de Lesbos, l'île par où transite, depuis l'été 2015, la majorité des migrants fuyant les combats syriens et irakiens. Ils décident de partir aider bénévolement les habitants de leur ile natale, quelques jours avant le drame des attentats terroristes du 13 novembre où ils perdront de nombreux amis, sur la terrasse du restaurant La Belle Équipe. Les deux hommes sont proches de Grégory Reibenberg, le patron du restaurant parisien ou 19 personnes, dont sa compagne, trouveront tragiquement la mort. Ce témoignage unique nous livre l'expérience vécue par deux hommes anonymes sur le terrain, et relate la situation d'une ile démunie, face à l'afflux massif de populations qui n'aspirent qu'à une seule chose ; rejoindre l'Europe (Allemagne) à n'importe quel prix, y compris celui de périr en mer. Leur leitmotiv? Tout simplement, protéger leurs enfants, comme n'importe quelle famille le ferait dans un tel contexte!

La rédaction de LPLD

RÉCIT: Nous sommes le 10 novembre 2015, trois jours avant le drame qui va frapper la France et nous enlever nos amis de "La belle équipe" avec lesquels, ironie du sort, nous devions passer cette soirée du 13 novembre 2015. Nous sommes à 3000 kilomètres de Paris, et nous débarquons, mon ami Ulysse et moi-même à Mytilène, chef-lieu de Lesbos, à bord de notre Renault Twingo chargée à bloc de sacs sous vide, remplis de vêtements et d'accessoires divers, que nous avions déchargés à Karatepe, le centre de tri principal de l'île de Lesbos. Je me souviens avoir été très étonné par la formidable organisation et l'efficacité incroyable des volontaires et des principales ONG internationales, présentes sur le terrain depuis plusieurs mois.

Nous prenons la route pour le nord de l'île, lieu principal où se déroulent quotidiennement les débarquements de réfugiés symbolisés par les plages de Molyvos/ Eftalou et Sykamia. Le temps est magnifique, comme peut l'être à cette période, notre merveilleux pays, bercé de mille couleurs, enlacé d'un été indien et d'une mer étale. Dans ce décor paradisiaque assez paradoxale vu la situation, après un dernier virage, nous arrivons sur une large plage, et découvrons un paysage surprenant, multicolore et protéiforme, formant une myriade de petites montagnes de gilets de sauvetage et de canaux pneumatiques..., à perte de vue. Des 4X4 sont garés maladroitement, nous apercevons des volontaires en train d'aider des femmes et de jeunes enfants, mouillés jusqu'aux os. Leurs visages contrastent entre l'inquiétude, l'effroi pour certains, et la joie d'être vivant et de pouvoir poser enfin un pied sur ce petit bout d'Europe que symbolise Lesbos.

Abandonnés sur la plage, à l'arrivée de chaque groupe de réfugiés, les gilets et les embarcations de fortune sont immédiatement découpés sur place, pour ne pas être récupérés et ensuite réutilisés par les passeurs. L'essence est quant à elle récupérée pour alimenter les générateurs utilisés pour les camps qui accueillent les réfugiés, et les moteurs, quand ils ne sont pas détériorés, sont récupérés par les autorités locales.

Devant ce spectacle, à la fois désolant et réconfortant, nous nous mettons machinalement au travail, aidant les uns et les autres, puisque nous sommes venus pour cela. Quelques jours après notre arrivée sur l'Ile, nous nous rendons dans un camp de premiers secours, installé au bord de la mer, à Skala Sykamia. Là, se trouve un bus de médecins norvégiens, tous volontaires, postés près de quatre grandes tentes destinées à l'accueil des enfants et des femmes, prêts desquels des bénévoles offrent vêtements secs, soins, nourriture, et du thé pour réchauffer les coeurs...Tous sont heureux d'être là, saints et saufs et accueillis...avec humanité. Pour ceux qui arrivent le soir, les choses sont beaucoup plus compliquées avec le froid et l'humidité...et la nuit tombante qui n'arrange rien.

Nous assistions à l'arrivée de 20 à 30 bateaux par jour juste pour Sykamia, soit entre 1500 à 2000 personnes par jour, sans comptabiliser les autres parties de l'ile où arrivent d'autres réfugiés! Comment une petite ile, telle que Lesbos, de surcroît avec la crise économique qui frappe la Grèce, peut-elle recevoir ces populations, sans finir par saturer rapidement par manque de moyens humains et matériels? Malgré ce contexte défavorable, tous les habitants sont solidaires et portent aide et assistance, comme ils le peuvent. Quel exemple pour le reste du monde qui pendant ce temps-là, palabre et tergiverse!

LES GILETS DE SAUVETAGE ET LES CANAUX PNEUMATIQUES FOURNIS PAR LES PASSEURS SONT DE PIÈTRES CONTREFAÇONS. DÉTRUITES À CHAQUE ARRIVÉE SUR LES PLAGES DE LESBOS, LE BUT EST QUE RIEN NE SOIT RÉUTILISÉ PAR LES MAFIAS LOCALES QUI CONTRÔLENT CE JUTEUX TRAFIC. (Crédit Ilias Kyriakidis)

Ces réfugiés arrivent tous sur des canaux pneumatiques de fortune pour la plupart, et sont conçu" fabrication maison" par des Turcs qui fournissent également les gilets qui sont des contrefaçons de très mauvaise facture... La traversée rapporte en moyenne 1500€ par personne par mauvais temps et encore plus par beau temps. Ce business juteux est contrôlé par des passeurs maffieux qui sont protégés par l'État turc.

Comme nous étions émus de caresser les têtes mouillées des bébés et de leur donner des vêtements chauds et secs et des chaussures et de réconforter les adultes et les enfants. L'ambiance avec les volontaires était amicale et nous avons rencontré des personnes remarquables, venues du monde entier. Les gens des villages de Lesbos aident aussi comme ils le peuvent, avec beaucoup de générosité. Ils quittent leur travail pour venir donner un coup de main chaque jour, animés par la mémoire de leurs ancêtres, arrivés eux aussi d'en face, chassés par les Turcs en 1922 (environ 2 millions de réfugiés à l'époque).

Le mauvais temps est annoncé, l'hiver progresse et l'on imagine le pire malheureusement...pour les semaines à venir.

Ces familles que nous avons rencontrées sur la plage, nous les avons revues dans le ferry de Mytilène au Pirée, et nous avons pu lire dans leurs yeux, malgré le désespoir, cette dignité et cette force à reconstruire (comme nos grands-parents) une nouvelle vie loin des guerres, avec le désir profond que leurs enfants grandissent dans un monde de paix. Mais leur route reste encore longue et pleine d'obstacles, que les États européens s'efforcent de leur infliger pour les empêcher d'arriver dans leur nouveau "chez eux", à bon port. Ces États qui sont tous responsables de cette situation, et ne veulent ni offrir de réelles solutions, ni subir les conséquences de ce qu'ils ont engendré...le chaos pour des décennies!

Nous sommes revenus de cette expérience riche de sentiments, d'images, de couleurs, d'émotions...Il faut vivre ce genre d'expérience une fois dans sa vie pour comprendre combien l'humain peut surprendre parfois! Nous avons eu le "privilège", de vivre, à la fois, des moments intenses d'entre aide avec les réfugiés arrivant en masse sur nos côtes, et avons vécu la douloureuse expérience de voir nos amis mourir à Paris pendant ce temps. Assassinés, peut être, par des personnes passées devant nous à travers cette vague de migrants ininterrompus de ces derniers mois, tel un cheval de Troie mortifère!

PLUSIEURS DIZAINES D'EMBARCATIONS TELLES QUE CELLE-CI ACCOSTENT CHAQUE JOUR SUR L'ILE GRECQUE DE LESBOS. LA PLUPART DES MIGRANTS SONT DES FAMILLES AVEC LEURS ENFANTS QUI TENTENT DE SE RENDRE PRINCIPALEMENT EN ALLEMAGNE VIA LA MACÉDOINE. (Crédit Ilias Kyriakidis)

Pour en savoir +...

Selon le HCR, près de 220.000 migrants et réfugiés ont traversé la Méditerranée pour rejoindre l'Europe rien que pour le seul mois d'octobre 2015 malgré de mauvaises conditions météorologiques, un "record mensuel". La très grande majorité d'entre eux, soit 210.000, sont arrivés en Grèce, principalement sur l'ile de Lesbos. Plus de 6000 migrants transiteraient chaque jour par l'ile Grecque.

Frontex à Lesbos :

Après l’accord passé avec Athènes, Frontex renforce sa présence en Grèce. Parallèlement, depuis mois de novembre, la Serbie et la Macédoine ont fermé leurs frontières aux « migrants » qui ne sont pas des « réfugiés », issus de pays en guerre. Une décision qui a eu pour conséquence de relancer les activités des trafiquants. Malgré le froid, 2 à 3 000 personnes passent chaque jour la frontière entre la Grèce et la Macédoine. La Commission européenne veut réduire la pression qui pèse sur les pays qui ont des frontières extérieures. À Lesbos, l'idée est évidemment bienvenue. On y voit surtout la présence des Européens grâce à Frontex, l'agence chargée des frontières extérieures de l'espace Schengen.

Cette année, Frontex a multiplié par trois le budget de son opération Poséidon en mer Égée, pour atteindre 18 millions d'euros. À Lesbos, l'Union européenne participe également, en finançant notamment le centre de premier accueil de Mytilène à 75 %.

L'agence européenne de surveillance des frontières "Frontex" a lancé, à la demande de la Grèce, une nouvelle opération baptisée "Poseidon Rapid" en mer Égée pour faire face à l'afflux massif de réfugiés et ainsi éviter les noyades de migrants.

"Frontex" a commencé le lundi 28 décembre dernier le déploiement de 293 fonctionnaires et de 15 bateaux dans les îles grecques, dans le cadre d'une nouvelle opération nommée «Poseidon Rapid». La très grande majorité des réfugiés et migrants vers l'Europe en 2015 - plus de 821.000 sur un million d'entrées - est passée par la Grèce. 816.000 d'entre eux sont arrivés par la mer. Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), près de 3.700 migrants, pour la plupart fuyant les conflits en Syrie et ailleurs, sont morts ou portés disparus cette année en mer.

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