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EXCLUSIVITE : ATTENTAT DU COMPTOIR VOLTAIRE : L'ENQUETE INEDITE...D'UN ANCIEN JOURNALISTE

Comptoir Voltaire au lendemain des attentats, le 14 novembre 2015. Scellé posé à l'entrée du café précisant la nature de l'infraction commise : "assassinat en relation avec une entreprise terroriste", la police scientifique est au travail quelques heures après l'attentat perpétré à 21h41. (Crédit D.R) Comptoir Voltaire au lendemain des attentats, le 14 novembre 2015. Scellé posé à l'entrée du café précisant la nature de l'infraction commise : "assassinat en relation avec une entreprise terroriste", la police scientifique est au travail quelques heures après l'attentat perpétré à 21h41. (Crédit D.R)

C'est l'histoire d'un mec..., un vrai. Ce récit pourrait commencer comme cela pour raconter l'implication d'Hervé Deguine, ancien journaliste et auteurs de plusieurs ouvrages notamment sur le génocide rwandais ou encore sur l'attentat de la rue Copernic. Hervé Deguine n'aime décidément pas les zones d'ombre que peut parfois nous laisser l'histoire, il décide donc de comprendre ce qu'il s'est produit ce terrible soir du 13 novembre 2015 au café du Comptoir Voltaire, situé à quelques mètres de son appartement. Ce vendredi noir où Brahim Abdeslam, après avoir participé au commando des tueries des terrasses de plusieurs bars et restaurants à coup de rafale d'AK47 décide de donner une ultime fois la mort, en se faisant sauter à la terrasse couverte d'un café bondé du boulevard Voltaire. Que s'est-il passé à 21h41dans ce café, une minute à peine avant que ne commence le massacre du Bataclan, situé à quelques encablures? Pourquoi le frère ainé de celui qui était encore recherché il y a quinze jours en Belgique, s'est-il fait sauter dans un café provocant 15 blessés, dont trois, très grièvement? Beaucoup de question que Hervé Deguine va tenter d'élucider dans cette enquête à travers les témoignages inédits de plusieurs blessés qui lui ont accordé leur confiance, dans l'espoir de tenter de se reconstruire... A.SH

"Tant qu'un homme ri, il y a de l'espoir..."

Propos recueillis par Arnaud de Saint Hilaire

 

LPLD.fr : Où étiez-vous au moment des attentats ce soir du 13 novembre?

 

H. Deguine : J'étais chez moi, rue des Immeubles-Industriels, une rue qui donne sur le carrefour où se trouve le Comptoir Voltaire. Il y a eu une forte déflagration. Comme tout le monde, j'ai pensé au gaz : il y avait des travaux en cours au carrefour et déjà une alerte au gaz avait eu lieu quelques jours plus tôt. J'ai tendu l'oreille. J'ai attendu. Rien. Pas de cris, pas de sirènes. J'en ai déduit qu'il s'agissait d'un gros pétard. Sur le moment, je ne me suis pas inquiété. Puis, j'ai quitté mon domicile pour me rendre à la gare, où je devais aller chercher mon fils. En chemin, j'ai croisé les pompiers. Puis, des dizaines d'ambulances et de voitures de police. J'ai compris qu'il se passait quelque chose. Mais c'est en rentrant chez moi une heure plus tard que j'ai découvert le quartier en état de siège. J'ai pu regagner mon appartement juste avant que ne s'installe une sorte de couvre-feu. Ensuite, comme tout le monde, je suis resté sidéré, comme assommé devant le téléviseur.

"Comme tous les riverains, j'ai été stupéfait de n'apprendre que le lendemain matin,... ce qui s'était produit au Comptoir Voltaire le soir du 13 novembre. Les médias n'ont pas du tout parlé de cet attentat"

LPLD.fr : Pourquoi avez-vous décidé de vous lancer un tel défi, expliquez-nous votre démarche ?


H. Deguine : Comme tous les riverains, j'ai été stupéfait de n'apprendre que le lendemain matin, en me rendant à la boulangerie voisine, ce qui s'était produit au Comptoir Voltaire le soir du 13 novembre. Les médias n'ont pas du tout parlé de cet attentat. Ils ont vaguement évoqué un kamikaze qui se serait fait sauter "boulevard Voltaire", sans plus de précisions. Certes, il n'y a eu "que" quinze blessés. Les massacres commis au Bataclan et sur les terrasses des cafés ont capté toute l'attention des médias, ce qui est bien compréhensible. Mais, pour les victimes comme pour les habitants du quartier, il était important que les faits soient établis, connus et reconnus.

 

LPLD.fr : Vous étiez journaliste, dans quelle circonstance avez-vous décidé d'arrêter votre profession ?

 

H. Deguine : J'ai travaillé pour Le Figaro, puis à Libération, et surtout à Reporter sans frontière, pendant une dizaine d'années au total. J'ai beaucoup aimé ce métier, même si je suis aujourd'hui très critique à l'égard de certains de mes ex-confrères journalistes. Je l'ai quitté à regret, lorsque, devenu père de famille, j'ai pensé qu'il était plus sage de m'éloigner des pays en guerre que je couvrais. L'ex-Yougoslavie, le Rwanda... ce n'étaient pas des environnements faciles.

 

LPLD.fr : Par quel moyen êtes-vous parvenu à entrer en contact avec les victimes ?


H. Deguine : C'est très simple : j'ai posté un appel à témoin sur la devanture du café. À peu près toutes les personnes qui se trouvaient dans le café au moment de l'attentat ou qui y sont intervenues après l'explosion m'ont contacté. Elles avaient besoin de raconter et de comprendre, mais ne voulaient pas parler à la presse. J'étais un intermédiaire accessible. Mon but, au départ, n'était pas d'écrire un livre, mais seulement de rédiger une note résumant les faits. Cependant, les témoignages ont été si forts qu'il m'a semblé utile de les faire connaître aux voisins, aux riverains. Avec l'accord de tous les témoins, nous avons décidé de publier le document que j'avais rédigé. Chacun a relu les parties qui le concernaient. Il me paraissait très important que les témoins se reconnaissent dans ce récit et y retrouvent leur propre version, mêlée à celle des autres témoins. Ce livre est la matérialisation d'une blessure profonde, collective, absurde et incompréhensible.

 

LPLD.fr : Avez-vous rencontré des difficultés particulières pour recueillir ces témoignages inédits ?

 

H. Deguine : Non. Les témoins ont été très spontanés et m'ont accordé une grande confiance. Je n'ai pas cherché à contacter ceux qui ne m'appelaient pas. Il fallait laisser à chacun sa manière d'absorber le choc et ses suites. Cela étant, après la publication du livre, j'ai reçu beaucoup de messages très chaleureux : je crois que ce livre a été une sorte de soulagement, et une étape pour refermer ce triste chapitre.

 

LPLD.fr : Comment avez-vous mené l'enquête de la deuxième partie de votre livre?

 

H. Deguine : J'ai beaucoup utilisé la presse. Énormément d'informations ont été publiées dans les journaux français, belges, anglais. Il y avait également des données très intéressantes sur internet. À ces sources officielles, sont venues s'en ajouter d'autres, moins officielles, mais je n'en dirai pas davantage.

"Lorsque j'ai vu que les médias ne s'intéressaient pas à ces victimes,...je me suis dit : la meilleure façon de me rendre utile, c'est de recueillir ces témoignages pour soulager les victimes et leur apporter une reconnaissance"

LPLD.fr : Pensez-vous que faire ainsi parler les victimes d'un attentat peut permettre un commencement de reconstruction, comme une sorte de catharsis?

 

H. Deguine : Oui, j'en suis convaincu. Avec un ami, Jean Chichizola, j'ai eu l'occasion d'écrire un livre sur l'attentat antisémite survenu à la synagogue Copernic en 1980, "L'affaire Copernic", parue aux éditions Mille et Une Nuits en 2010. Trois personnes avaient été tuées, des dizaines d'autres blessées. À l'époque, il n'y a eu aucune prise en charge psychologique. J'ai rencontré de nombreux témoins, rescapés de cet attentat. Cela peut sembler étrange, mais la publication de ce livre les a libérés d'une parole jamais exprimée, d'une angoisse jamais partagée. Trente ans après l'attentat, la moitié des témoins étaient encore profondément traumatisés et ont éclaté en sanglots pendant que je les interrogeais. Lorsqu'est survenu l'attentat du Comptoir Voltaire, lorsque j'ai vu que les médias ne s'intéressaient pas à ces victimes, j'ai repensé à ces témoins que j'avais rencontrés. Je me suis dit : la meilleure façon de me rendre utile, c'est de recueillir ces témoignages pour soulager les victimes et leur apporter une reconnaissance.

 

LPLD.fr : Les témoins ont-ils étaient tous suivit par un psychothérapeute ou par la cellule psychologique d'un hôpital ?

 

H. Deguine : La plupart des témoins n'avaient pas encore rencontré de psy lorsque je les ai interrogés. Je les ai fortement incités à le faire, et je sais que la plupart l'ont fait. Mais, encore une fois, l'absence de médiatisation de cet attentat a posé des problèmes. Un des témoins m'a rapporté que, lorsqu'il s'est présenté à la cellule psychologique mise en place par la mairie du XIe, il a fallu qu'il explique qu'il y avait eu également un attentat au Comptoir Voltaire...

 

LPLD.fr : Il y a un élément qui apparaît évident à la lecture de votre ouvrage, notre société n’est pas préparée à appréhender ce type d’événements simultanés, notamment au niveau des premiers secours ? Qu’avez-vous à dire sur ce point ?


H. Deguine : Les secours ont été remarquables. Il y a eu de nombreux manquements, des gestes inefficaces ou inadaptés, des pénuries de matériels, mais, dans l'ensemble, les centaines de blessés ont été prises en charge très rapidement et de façon très efficace. Les personnels des hôpitaux ont tous rejoint leur poste avant même que le plan Blanc ne soit déclenché. Tous ont réagi avec une grande rigueur professionnelle, malgré le chaos et l'émotion. La police et l'armée ont également très bien réagi, très vite, une fois passé l'effet de surprise. Mais comment aurions-nous pu prévoir et nous mettre dans un état de prédisposition psychologique pour assister à un tel massacre gratuit, une telle ignominie ? Il y a aura d'autres attentats, d'autres gestes héroïques ou stupides, d'autres erreurs et d'autres moments de bravoure. Il est facile de dénoncer les failles et de brocarder les autorités. Il faut le faire, pour améliorer les choses. Mais il faut aussi que chaque citoyen apporte son concours à la force publique et aux hommes qui nous défendent. Il est vain de croire qu'une société peut tout prévoir, surtout face à des fanatiques sans foi ni loi, et suicidaires de surcroît.

 

LPLD.fr : Pourquoi cet attentat est celui dont on a le moins entendu parlé dans les médias, la presse a-t-elle fait correctement sont travail d’information selon vous ?

 

H. Deguine : Cet attentat, comme les attentats du Stade de France, aurait fait la "Une" de l'actualité s'il n'y avait pas eu le Bataclan est les terrasses. Vous vous rendez compte ? Un kamikaze entre dans un café à Paris et s'y fait sauter pour tuer tous les clients ! Personne n'aurait imaginé cela il y a cinq ans. Le 13 novembre, cet attentat est devenu un non-événement, parce qu'à 800 mètres du Comptoir Voltaire, il y a eu bien pire : le Bataclan. La presse a fait son boulot, submergée d'informations vraies et fausses, et totalement tétanisée par l'horreur. Elle a ensuite peut-être manqué de rigueur lorsque, passée l'urgence, il était temps d'établir les faits. Elle a surtout tendance à manquer de délicatesse avec les victimes. Certains journalistes ont même été odieux ; ils ont "utilisé" des témoins en état de choc pour produire des images, sans se soucier beaucoup d'eux. Mais il s'agit là d'exception : dans l'ensemble, les journalistes ont été humains et responsables.

 

LPLD.fr : Il y a-t-il eu rétention d’information de la part de la justice et de la police selon vous, et si oui pourquoi ?


H. Deguine : Non, je ne le crois pas. Que la police et la justice ne disent pas tout, du moins pas tout de suite, ne me choque pas. Il y a des informations que les terroristes encore en liberté n'ont pas besoin de connaître. Je trouve d'ailleurs que la police et la justice sont souvent plutôt trop bavardes.

"J'ai appelé l'AFP le samedi matin pour attirer son attention sur cet attentat. Mais mon interlocutrice ne m'a pas cru"

LPLD.fr : Racontez-nous pourquoi l’AFP n’a-t-elle pas relayé les informations sur cet attentat comme pour les autres cafés et restaurants touchés dans les jours qui ont suivi, notamment après avoir su qu'il s'agissait du frère ainé de Salah Abdeslam, Brahim Abdeslam qui s’est fait sauter dans le café du Comptoir Voltaire ?

 

H. Deguine : Je crois que c'est tout simplement une boulette. J'ai appelé l'AFP le samedi matin pour attirer son attention sur cet attentat. Mais mon interlocutrice ne m'a pas cru. J'ai appelé une deuxième fois. Je suis tombé sur un autre journaliste, qui a reconnu qu'il y avait bien eu un attentat, mais qui a considéré que ce sujet n'était pas très important, eu égard au bilan des victimes. L'explication m'a laissé pantois.

La question du parjure du préfet s'adresse en priorité au ministre de tutelle soit monsieur le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve.

 

LPLD.fr : Pourquoi ce café a-t-il était choisi par Brahim Abdeslam, est-ce par opportunisme, car il y avait près de 30 personnes en terrasse, quel est votre conviction avec le recul ?

 

H. Deguine : C'est une question que tout le monde se pose dans le quartier. Pourquoi ce café ? Seul Brahim Abdeslam pourrait le dire, mais il n'est plus là. Est-ce que son frère Salah va pouvoir nous expliquer ? J'ai l'impression - mais ce n'est qu'une impression - que ce café a été choisi au hasard. C'était une cible d'opportunité, et non pas une cible repérée à l'avance. Mon hypothèse est que les trois terroristes ne s'attendaient pas à sortir vivants du mitraillage des terrasses et qu'ils ont improvisé tout ce qui s'est passé après l'attaque de la Belle Equipe, rue de Charonne. Le geste kamikaze de Brahim Abdeslam, la fuite d'Abaaoud et d'Akrouh, leur planque dans un buisson, etc. : tout ceci semble relever de la totale improvisation.

Samedi 14 novembre : Au travail, la police technique scientifique (PTS) est intervenue très rapidement dans la nuit du 13 au 14 novembre. (Crédit photo : EPA)

 

LPLD.fr : Combien de témoignages avez-vous recueillis et lequel(s) vous a(ont) le plus bouleversé ?

 

H. Deguine : J'ai recueilli une trentaine de témoignages et tous m'ont également ému. Évidemment, celui de Nina, 19 ans, et de Gabriel, 21 ans, devant qui Brahim Abdeslam s'est fait exploser, m'a particulièrement touché. Car mon fils aîné s'appelle Gabriel, il a 21 ans et se trouvait dans ce café, à peine une semaine avant l'attentat...

 

LPLD.fr : Que vous a-t-il le plus frappé dans tous ces témoignages ?


H. Deguine : Aucun, mais absolument aucun témoin n'a proféré la moindre parole de haine à l'égard des terroristes. Seuls l'incompréhension et le doute ont été présents à chacune de mes rencontres avec les victimes qui ont témoigné dans mon enquête.

 

LPLD.fr : Votre démarche a-t-elle était comprise et acceptée par la plupart des personnes que vous avez pu rencontrer au fil des semaines de votre enquête qui a duré quatre mois ?

 

H. Deguine : Oui. À une exception près, je n'ai rencontré que des soutiens dans ma démarche. 

"La serveuse du Comptoir Voltaire est toujours en rééducation. Deux autres grands blessés ont encore besoin de soins. Plusieurs autres ont des problèmes d'audition"

LPLD.fr : Les 15 blessés du Comptoir Voltaire, ont-ils tous quitté l’hôpital et repris le cours de leur vie aujourd’hui, certains sont-ils encore suivis psychologiquement ?


H. Deguine : Non. Pour les blessés, l'affaire est loin d'être terminée. La serveuse du Comptoir Voltaire est toujours en rééducation. Deux autres grands blessés ont encore besoin de soins. Plusieurs autres ont des problèmes d'audition. Quant aux troubles psychologiques, je connais au moins deux témoins qui sont en grande souffrance. Il est trop tôt pour dresser un bilan final, si tant est qu'il soit possible de le faire un jour.

 

LPLD.fr : La Belgique vient de subir une série d’attentats perpétrés par les mêmes cellules que celles qui ont provoqué la mort de 130 personnes et fait 414 blessés à Paris en novembre dernier, qu’avez-vous ressenti notamment après l’arrestation du frère de celui qui s’est fait sauté au Comptoir Voltaire ?


H. Deguine : Il y a eu quatre séquences très différentes en quelques jours. La première, c'est la perquisition qui a mal tourné le 15 mars, au cours de laquelle l'un des auteurs des attentats du 13 novembre a été tué et Salah démasqué. Après plusieurs semaines où il semblait que rien ne se passait, on a senti que les choses bougeaient de nouveau. La deuxième est l'arrestation de Salah Abdeslam le 18 mars. Comme tout le monde, je me suis réjoui qu'il soit pris vivant : il va pouvoir parler et va devoir rendre des comptes. C'est très important pour tout le monde. La troisième, hélas, était prévisible : se sentant acculés, les derniers membres du commando ont mis en oeuvre des attentats prévus de longue date. Nous avons tous ressenti un grand accablement, et beaucoup de peine pour nos amis belges. Enfin, la quatrième et dernière séquence est l'arrestation de Reda Kriket. On peut s'en réjouit. On peut aussi y voir la preuve que d'autres attentats, mis en oeuvre par d'autres cellules dormantes, sont en préparation.

 

LPLD.fr : Vous parlez de contribution bénévole d'amis et de relations professionnelles pour votre enquête que voulez-vous dire?

 

H. Deguine : Toutes les personnes que j'ai sollicitées ont joué le jeu. Un photographe a offert ses photos. Une maquettiste a fait la couverture gratuitement. L'imprimeur, Jouve n'a demandé que le prix du papier. La librairie Nation Diffusion, où est vendu le livre, ne prélève aucune commission. La totalité des droits d'auteur et des bénéfices sera reversée à l'Institution nationale des invalides, qui a pour mission d'assurer la rééducation des blessés les plus graves du 13 novembre. Au total, la contribution sera modeste, mais c'est la chaîne de solidarité qui compte. 


LPLD.fr : Des jeunes qui assassinent froidement d’autres jeunes au nom d’une pseudo religion, comment notre pays en est-il arrivé là ?

 

H. Deguine : Notre pays a sûrement des choses à se reprocher, notamment sa trop grande tolérance à l'égard de ceux qui ne respectent ni ses lois, ni ses valeurs. Mais les regards doivent avant tout se porter sur ceux qui ont développé cette idéologie mortifère et qui manipulent des faibles d'esprit, des délinquants en quête d'un alibi pour défouler leur haine de la société, et leur haine de leur propre médiocrité.

 

LPLD.fr : Avez-vous revu certains des témoins depuis les attentats de Bruxelles le 18 mars dernier, comment se sentent-ils ?


H. Deguine : Oui, plusieurs fois. Ils vont mieux, pour la plupart. Nous avons ri ensemble, ce qui aurait été impensable lorsque je les ai rencontrés la première fois. Tant qu'un homme ri, il y a de l'espoir.

 

LPLD.fr : Brahim Abedslam est le seul kamikaze dont le corps a été retrouvé intact après s’être fait exploser, à l’inverse des autres membres de la cellule terroriste de Molenbeek , dont la ceinture a fait son œuvre. Ne pensez-vous pas que c’est pour cette raison que peu d’info a circulé pour ne pas nuire à l’enquête qui a toujours cours aujourd'hui ?


H. Deguine : Non, je ne crois pas.

 

LPLD.fr : Le témoignage d'un homme surnommé Michel B. retient particulièrement l'attention dans votre ouvrage. Il évoque une discussion avec une amie Suzanne qui habite la Seine Saint-Denis, avec laquelle il se trouvait la veille de l'attentat dans ce même café du Comptoir Voltaire, le jeudi 12 novembre au soir, je cite : "Chez nous dans la rue, les gens disent qu'il va y avoir une descente à Paris...Si, ils vont venir et ils vont mitrailler...". Avez-vous rencontré cette personne pour vérifier ses informations, car si de simples citoyens pouvaient être informés d'une telle chose, il est impensable que nos renseignements n'en sachent rien?

 

H.Deguine : Je pense que nos services savaient et avaient eu vent de ces rumeurs. Mais à partir de quand une rumeur devient-elle une information ? Quelle crédibilité faut-il accorder à des ragots ? Quand bien même on aurait eu la certitude que des tireurs allaient descendre dans Paris, que devait-on faire ? Fermer la ville ?

 

LPLD.fr : Que retenez-vous de cette expérience ?


H.Deguine : Que la France est un beau pays qui mérite d'être défendu, et que chaque citoyen peut et doit participer à sa défense. Je plains les contestataires de pacotilles qui brocardent nos institutions au lieu d'y participer. Ils feraient mieux d'ouvrir les yeux et d'aller voir ailleurs ce qu'est une vraie dictature au lieu de "dénoncer" l'état d'urgence. Ils ont choisi un adversaire qui ne présente aucun danger pour eux, au lieu de lutter contre les vraies menaces. Tristes clowns ! je retiens surtout que, face au danger, les Français savent se retrouver unis et solidaires, par-delà leurs différences et leurs différends. C'est le plus important pour l'avenir.

Pour en savoir +...

Hervé Deguine cède gracieusement à LPLD.fr la version numérique de son livre, afin que le plus grand nombre puisse prendre connaissance de son enquête qui donne un éclairage unique sur l'un des attentats les moins médiatisés de la soirée macabre du 13 novembre 2015.

Crédit photo : couverture Richard Holding
 
L'auteur de l'enquête, Hervé Deguine devant le café du Comptoir Voltaire une semaine après les attentats parisiens (Crédit photo : D.R)

Hervé Deguine
Historien de formation, ancien journaliste, Hervé Deguine a été directeur adjoint de Reporter sans frontière. Il est actuellement chargé des questions sociétales au sein de la direction internationale de la prospective et du développement durable du Groupe Michelin ( directeur des relations avec les ONG et les organisations de la société civile).

Message personnel de l'auteur : Grâce aux contributions bénévoles d'amis et de relations professionnelles, j'ai pu faire éditer et imprimer 250 exemplaires de ce document. Ce livre est en vente depuis le 14 mars dernier à la librairie Nation Diffusion, 307 rue du Faubourg-Saint-Antoine, 75011 Paris, au prix de 10 euros. La librairie ne prend aucune commission et la totalité des droits d'auteur et des bénéfices de la vente sera reversée à l'Institution Nationale des Invalides, chargée de la rééducation des grands blessés du 13 novembre (si vous ne pouvez vous rendre à la librairie, vous pouvez également commander ce livre en m'adressant un chèque de 12,50 euros, soit 10 euros + 2,50 euros de port, chèque à libeller au nom de "Hervé Deguine", 10, rue des Immeubles-Industriels, 75011 Paris, et en n'oubliant pas d'indiquer l'adresse d'expédition).

 

Hervé Deguine cède gracieusement aux lecteurs de LPLD.fr la version numérique de son livre. Vous pouvez le télécharger en cliquant sur le lien ci-dessous.

Rédaction LPLD.fr

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