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CHRONIQUE D’UNE DEMOCRATIE A BOUT DE SOUFFLE…QUI LACHE SES LIEUX DE SAVOIR

La désormais célèbre Marianne en pleurs, réalisée au lendemain des attentats du 13 novembre dernier évoque le symbole d'une nation menacée dans ses valeurs les plus profondes. (Crédit :  Dessin Benjamin Régnier) La désormais célèbre Marianne en pleurs, réalisée au lendemain des attentats du 13 novembre dernier évoque le symbole d'une nation menacée dans ses valeurs les plus profondes. (Crédit : Dessin Benjamin Régnier)

Exclusivité LPLD.fr, Interview Maître Bouziane Behillil avocat de Rachid Zouhhad et Hamid Belhakdar.

 

ACTE I : Affaire de l’IUT de Saint-Denis : "Chronique d’une démocratie à bout de souffle…qui lâche ses lieux de savoir."

Propos recueillis par Cédrik VIALA

LPLD.fr : Avez-vous pris connaissance du second rapport de L'IGAENR très attendu par le corps enseignant de l'IUT de Saint-Denis?

Bouziane Behillil : Pas encore dans son intégralité, mais le désaveu de l'action de M. Mayol est définitif. Les inspecteurs de l'IGAENR ont même dû se ranger à l'évidence de l'innocence de mes clients MM. Belakhdar et Zouhhad calomniés par la presse et par la frange laïciste et raciste de notre pays. Les services de police comme le procureur de la République de Bobigny semblent en revanche ne pas avoir encore pris la mesure de cette affaire ...

 

LPLD.fr : Ce nouveau rapport, qui semble plutôt favorable à vos clients, a fuité dans la presse ces dernières semaines. Les "médias détracteurs" de vos clients pendant plusieurs mois, n'en ont d’ailleurs pas fait écho, pourquoi ce deux poids deux mesures dans le traitement de l’information?

B.Behillil : Ce qui fait vendre est aujourd'hui principalement tourné vers le sensationnel. Cela peut également passer par un racisme ordinaire et facile. Voir dans chaque citoyen d'origine lointaine et de confession musulmane postulée un islamiste, et dans son comportement allégué une attaque de nos valeurs, fait vendre et résonne aux oreilles de nos concitoyens, désorientés par les discours nauséabonds actuels…

 

LPLD.fr : L’ambiance à l’IUT, d’après ce nouveau rapport réalisé entre novembre 2015 et janvier 2016 semble démontrer un certain apaisement, dû principalement à la suspension de son ancien directeur, Samuel Mayol.  Les tensions ont donc réellement disparu à l’IUT de Saint-Denis?

B.Behillil : Quand Mayol part, tout redémarre!  Plus sérieusement, l'arrivée de M. Bétan, ancien inspecteur IGAENR et intérimaire non polémique, n’est tout de même pas très courageux. Il n’a toujours pas procédé à la réhabilitation de mes clients, notamment leurs états de service qui ne leur sont pas rémunérés. Cela est source de doute sur son impartialité.

 

LPLD.fr : Vos deux clients, disculpés des accusations proférées à leur encontre, ont malgré tout été condamnés par leur administration. Le premier, Rachid Zouhhad, a écopé d'un blâme et le second, Hamid Belakhdar, d'un retard à l'avancement d'échelon. Quel message tirez-vous de cette décision administrative ?

B.Behillil : Les deux décisions disciplinaires intervenues qui font l'objet d'un appel sont minimalistes. Elles visent à essayer de couvrir les errements de l'Université … La sanction d'un blâme ou d'un retard dans l'acquisition d'un échelon (sanction qui n'existe pas et comme telle est illégale) est symbolique, mais il est hors de question de laisser passer cet énième abus de l'administration, qui ne veut jamais reconnaitre ses erreurs et ainsi perdre la face. Mes clients doivent être entièrement réhabilités. Ils doivent percevoir leur traitement retenu depuis des mois…et à ce moment seulement, nous pourrons considérer que la justice est passée! Le motif évoqué pour M. Zouhhad est celui d'une mauvaise détermination des heures au regard des plannings (ce qui est ridicule) et pour M. Belakhdar, un tweet interpellatif de son Université!  Les deux sont hors du champ des accusations déloyales et racistes de communautarisme et sexisme qu'ils ont essuyées, outre les détournements de fonds totalement farfelus…

 

LPLD.fr : La présidence de l’Université est également mise devant ses responsabilités par le rapport de l'IGAENR. Le président Jean-Loup Salzmann est accusé d’avoir laissé se dégrader la situation,  comment jugez-vous son rôle dans cette affaire ?

B.Behillil : Je reste médusé face à l'inaction de ce grand homme de l'éducation nationale, qui avait là l'occasion de rappeler ses convictions, à savoir la défense de tous face au racisme et à la cabale.

 

LPLD.fr : Les élections à Paris XIII, dont les résultats devaient être connus vendredi, vont elles selon vous, permettre de tirer une fois pour toutes un trait sur cet épisode et permettre enfin aux enseignants de l'IUT de se consacrer pleinement à leurs étudiants ?

B.Behillil :Je n'en attends strictement rien. M. Astruc que j'ai croisé en commission disciplinaire est un homme juste et raisonnable. Il peut à lui seul avoir le courage que M. Salzmann n'a pu mobiliser.

 

LPLD.fr : Vos clients ont décidé d’attaquer deux médias, un hebdomadaire d’opinion et un média numérique qui ont, selon eux, bafoué à plusieurs reprises leur réputation au sein de l’IUT. Qu’en est-il de ces plaintes aujourd’hui ?

B.Behillil : Elles sont en cours et viendront cette année en audience : il s'agit de journalistes ou contributeurs, qui ont vraiment dérapé dans cette affaire…et ont manqué de discernement. Cela me fait toujours penser à Audiard sur la « connerie » humaine et sa capacité à tout oser dans le but ultime d'amener de l'eau à son moulin!

 

LPLD.fr : Comment expliquez-vous le traitement subi par vos clients pendant près de deux ans, faut-il organiser une sorte de "Grenelle de l'éducation" allant du primaire à l'université, afin d'éviter ce type de dérive, à l'avenir ?

B.Behillil : L'État doit faire confiance à ses fonctionnaires et ne pas garder une attitude de lâche neutralité lorsque deux fonctionnaires sont attaqués dans leur chair par la peste brune, sous couvert de défendre une laïcité de plus en plus dévoyée.

 

LPLD.fr : Comment expliquez-vous  le mutisme de la justice et de la police depuis plus de deux ans maintenant? 

B.Behillil : La déréliction des corps policiers et judiciaires est consommée à Bobigny.  C'est depuis plusieurs années un "no man's land" judiciaire et policier, car toute plainte ou enquête est frappée de lenteur mortifère.

 

LPLD.fr : Le principe de laïcité est venu se heurter intentionnellement à cette affaire, quel constat faites-vous notamment auprès de l'opinion qui a suivi cette affaire à rebondissements?

B.Behillil : La défense de la laïcité telle qu'elle a été menée à charge contre mes clients, confirme le morcellement de la citoyenneté dans notre pays. Certains sont plus français que d'autres, semble-t-il!

 

LPLD.fr : Vos deux clients sont-ils victimes de la haine voire du racisme ordinaire de certains de leurs collègues et si oui pourquoi selon vous?

B.Behillil :Il n'y a là rien d'étonnant. La peur de l'autre est omniprésente et savamment entretenue. J'ai malgré tout bon espoir que tout retrouve sa juste place et mesure.

 

LPLD.fr : Cette affaire malheureuse n’est-elle pas symptomatique des événements tragiques que traverse notre pays actuellement ?

B.Behillil : Peut-être, mais elle démontre surtout la profondeur du fossé qui sépare les Français d'origine lointaine et ceux bien blancs, bien transparents, bien religieux, bien athées, mais surtout pas musulmans honnêtes…, qui sont toujours prompts à stigmatiser les différences. Le vrai sujet est celui de la laïcité perçue comme un rouleau compresseur des différences, donc assimilationniste et non socialisante au sens d’associés à la société. La laïcité est en réalité un principe simple qui tend à assurer le respect de chacun dans ses convictions, croyances ou non, et donc à favoriser au-delà des différences les affinités électives fondées sur le choix, le partage, l’amitié, l’amour, valeurs citoyennes fondamentales prônées par notre République.

 

LPLD.fr : L’affaire de l’IUT de Saint-Denis n’a-t-elle pas été instrumentalisée par certains politiques opportunistes, faisant par la même le jeu du Front national ?

B.Behillil :Je n'attribue pas autant d'intelligence aux politiques. Les intellectuels de gauche comme de droite ont été en dessous de tout et sont frappés d’une indignité, qui marque à jamais leur incompréhension de ce que l’islam est ou n’est pas. Comment peut-on en 2016 se revendiquer ouvertement "islamophobe", alors que l’on mène un combat noble féministe ? C’est affligeant!

  

LPLD.fr : Que vous inspire ce dossier à l’heure de l’État d’urgence et du débat sur la déchéance de la nationalité au sein de nos institutions?

B.Behillil : Le morcellement de la citoyenneté est bien consommé, et la déchéance de la nationalité, maladresse socialiste historique, outre la prolongation de l'État d'urgence, me conduit à penser que le gouvernement est définitivement dépassé, voire obsolète. Je parlerai d'un État d'urgence, qui ne respecte plus le principe d’égalité entre citoyens, notamment à l’égard des Français de confession musulmane ou supposée comme telle (noms à consonance entraînant une affectation catégorielle à un groupe dans lequel on ne s’identifie pas.  Par exemple Ali qui est d’origine lointaine, bien qu’ athée et non pratiquant, sera regardé et considéré comme musulman du fait de son prénom) et non d'un état d'urgence, période pendant laquelle on met provisoirement entre parenthèses les libertés publiques.

 

LPLD.fr : Sommes-nous au bout d’un système qui favorisait jadis l’intégration, le fameux vivre ensemble, l’image d'Épinal black blanc beur (coupe du monde 1998) bien lointaine, pour imposer aujourd’hui une assimilation d’ailleurs en panne?

B.Behillil : Les Blacks Blancs Beurs n'ont jamais cru à ce simulacre d’union nationale, dû au  3-1 de l'équipe de France. Ils savaient simplement en 1998 que pendant un temps, au moins, à l'image de l'arrivée de  la Gauche en 1981, ils seraient moins stigmatisés. Le fantasme de 1998 est celui des intellectuels de Saint-Germain-des-Prés et des «journaleux» ou commentateurs de matchs de football et non celui des malheureux que la République a oubliés.

 

LPLD.fr : Notre société avec toutes ces tentions communautaires attisées, voire entretenues quotidiennement dans les débats sociétaux ne devraient elle pas favoriser la mise en place d'un "processus d’insertion" qui permettrait aux citoyens d’origines étrangères d’être reconnue dans une société, tout en gardant leur identité originelle et leur spécificités culturelles à partir du moment ou les règles et les valeurs du pays d’accueil sont respectées ?

B.Behillil : Il faut mettre les moyens dans le développement des banlieues et non des mots : éducation, éducation, et encore éducation et financement du développement économique avec une profonde refondation de l'urbanisme citoyen en banlieue, pour rendre impossible le mirage mortifère du radicalisme. Voici, selon moi ou devrait se concentrer l'État d'urgence aujourd'hui!

Cedrik Viala

‎Journaliste/Reporter indépendant, Directeur de la rédaction du site L'oeil Pour Le Dire (LPLD) http://www.lpld.fr

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