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"ON VOUDRAIT CASSER LE REDEMARRAGE DE L'EMPLOI ET LE DEBUT DE L'INVESTISSEMENT PRODUCTIF QU'ON NE S'Y PRENDRAIT PAS AUTREMENT!"

Philippe Martinez le patron de la CGT fera-t-il plier le gouvernement, rien n'est moins sûr à l'heure qu'il est? Philippe Martinez le patron de la CGT fera-t-il plier le gouvernement, rien n'est moins sûr à l'heure qu'il est?

Alain Juillet expert en intelligence économique et stratégique répond aux questions de notre journaliste en exclusivité pour LPLD.fr. La paralysie de la France, son impact sur l’économie de notre pays, les PME en périls, les entreprises du CAC 40 impactées ou pas, la sécurité du pays par rapport aux risques d’attentats, l’État d’urgence, l’organisation de l’Euro dans la crise que subit notre pays depuis plusieurs semaines, les mouvements populaires tels que «Nuit debout», la pénurie d’essence, les attaques en règle de la CGT…tous les thèmes qui démontrent un pays à bout de souffle sont évoqués sans langue de bois.

 

INTERVIEW EXCLUSIVE

Propos recueillis par Arnaud de Saint Hilaire

LPLD.fr : Le contexte « insurrectionnel » qui règne actuellement en France ne met-il en péril la pérennité de nos entreprises au moment même où un frémissement de reprise se fait sentir ces dernières semaines?

Alain JUILLET : Il est certain que cette crise majeure tombe très mal pour les entreprises au moment où tout indique que l'économie commence à bouger positivement. On voudrait casser le redémarrage de l'emploi et le début de l'investissement productif qu'on ne s'y prendrait pas autrement. Par ailleurs, cela va avoir des conséquences sur le tourisme et la venue des amateurs européens du football si ce n'est pas stoppé dans les prochains jours.

"Quand les gens ont peur de l'avenir, ils stockent et ne consomment pas…un mois de chaos c'est trois mois de retard pour le redémarrage de notre économie".

LPLD.fr : Quels sont pour vous les principaux dommages collatéraux de cette crise pour les entreprises françaises ?

Alain JUILLET : Comme toujours, ce sont les petites structures qui sont les plus pénalisées. Elles ne peuvent plus travailler par manque d'approvisionnement ni tenir les délais de livraison. D'un autre côté, la dégradation du climat de confiance et la peur de l'avenir vont faire baisser le niveau de commandes ce qui se répercutera sur l'emploi. Quand les gens ont peur de l'avenir, ils stockent et ne consomment pas. Un mois de chaos c'est trois mois de retard pour le redémarrage de notre économie.

LPLD.fr :Comment analysez-vous le comportement du pétrolier Total, fleuron du CAC 40 depuis le début de cette crise ?

Alain JUILLET : À chaque grande grève les dépôts de carburants sont pris en otages, car les syndicalistes ont compris que par ce biais, il était possible de pénaliser toute l'économie : les gens ne bougent plus et les entreprises ralentissent ou s'arrêtent. Pour les autres sociétés nationales, comme la SNCF, c'est plus difficile d'arriver à ce résultat, car quelques grévistes ne permettent pas de bloquer l'ensemble du pays. Il semble que dans certains dépôts il n'y a pas eu de vote pour décider la grève ce qui est illégal et montre que nous sommes dans une stratégie de passage en force. Les pétroliers dont Total sont évidemment excédés par cette situation dont ils sont toujours la première victime industrielle.

LPLD.fr : Total, qui perdrait 25 millions d’euros par semaines depuis le début de la crise menace le gouvernement d’engager ses nouveaux investissements évalués à 600 millions d’euros ailleurs qu’en France, si les blocages de raffineries perdurent. Que pensez-vous de ces menaces, chantage du PDG, INFO INTOX ?

Alain JUILLET : Total a fait de gros efforts pour ses salariés et cela ne sert à rien puisque sous la pression de certains syndicats, ils se retrouvent chaque fois en première ligne. Pourquoi faire du social et des investissements lourds dans un pays pour n'en tirer aucun bénéfice? La Belgique l'Espagne ou l'Italie seraient ravies de voir leurs raffineries se développer au détriment de la France avec l'emploi qui va avec. L'approvisionnement de la France se ferait alors par camions. Ils seraient bloqués après passage de la frontière française ce qui ramènerait à la situation actuelle, mais la production délocalisée pourrait continuer pour d'autres pays. C'est donc une tentation qui se pose à chaque grande grève aux dirigeants pétroliers.

"De toute façon, cette conjoncture va encourager de jeunes entreprises de pointe à se délocaliser et des groupes étrangers à venir racheter à bas prix des activités innovantes".

LPLD.fr : Nos PME/PMI sont-elles impactées gravement, ont-elles les capacités de maintenir leurs activités si le conflit s’éternise ?

Alain JUILLET : Ce sont les PME/PMI qui souffrent le plus avec les artisans, les hôteliers, et la restauration. Comme d'habitude, certaines vont faire faillite et personne n'en parlera, car les médias n'ont d'yeux que pour le CAC 40 et les entreprises nationales. Celles qui vont arriver à tenir auront des problèmes de trésorerie qui vont handicaper et ralentir leur redémarrage. De toute façon, cette conjoncture va encourager de jeunes entreprises de pointe à se délocaliser et des groupes étrangers à venir racheter à bas prix des activités innovantes.

LPLD.fr : Que vous inspire la loi travail que veut imposer par la force le gouvernement, et qui mobilise le pays depuis plus de deux mois, et le paralyse depuis une semaine ?

Alain JUILLET : Au départ c'était une loi qui changeait beaucoup de choses et a fait réagir beaucoup de monde, car la France déteste le changement ce qui l'amène à aller jusqu'à la rupture. Pour certains, l'opposition était plus politique que technique, car la quasi-totalité de cette loi est appliquée dans les pays européens du sud comme du nord. Les corrections successives lui ont ôté son caractère novateur. Le conflit actuel sur l'inversion qui privilégie les négociations d'entreprises au détriment des négociations de branches n'est qu'un constat de ce qui se passe dans la majorité des cas. Elle est inacceptable pour certains politiques qui règlent leurs comptes avec d'autres et certains syndicats qui veulent préserver leur statu quo. Le problème c'est que la défense de ces intérêts catégoriels sacrifie l'intérêt de la majorité des salariés au profit de leur exercice d'un pouvoir centralisé.

LPLD.fr : Le gouvernement finira-t-il par plier selon vous?

Alain JUILLET : Nous sommes dans une épreuve de force dans laquelle personne ne veut céder. Celui qui lâche perdra beaucoup plus que dans un simple conflit social. Le gouvernement perdra sa crédibilité et ne pourra plus rien faire. Le syndicat perdra définitivement son leadership.

LPLD.fr : Une sortie de crise qui permettrait de limiter la casse sociale est-elle encore envisageable et si oui de quelle façon?

Alain JUILLET : Il ne s'agit pas de casse sociale, mais de conflit idéologique. Une discussion est toujours possible, mais pour cela il faut la volonté d'en sortir, ce qui suppose des concessions de part et d'autre. Par ailleurs le temps qui passe peut faire évoluer les rapports de force, car les Français sont généralement d'accord pour les conflits pas trop longs et tant qu'ils ne sont pas concernés. Comme pour les grands conflits sociaux précédents, la clé du problème est dans les mains du Président de la République.

"L'immobilisme n'a jamais été porteur d'espérance et la stratégie du champ de ruine n'a jamais permis la victoire tout en ouvrant la porte à toutes les dérives".

LPLD.fr : Que pensez-vous de l’attitude de la CGT, comment interprétez-vous ses méthodes depuis plusieurs mois ?

Alain JUILLET : La CGT est confronté à deux problèmes: sa position dans le monde syndical se dégrade progressivement au profit des syndicats réformateurs et une bonne partie de ses cadres venant de l'extrême gauche sont très agressifs contre la société. À partir de là, sa direction est poussée dans une fuite en avant où l'idéologie le dispute à la violence. L'immobilisme n'a jamais été porteur d'espérance et la stratégie du champ de ruine n'a jamais permis la victoire tout en ouvrant la porte à toutes les dérives.

LPLD.fr : Les forces de l’Ordre (Police et Gendarmerie) sont à bout de souffle avec les innombrables missions qu’elles ont à gérer sur tout le territoire, notamment depuis les attentats de novembre dernier. Ce énième conflit n’est-il pas un risque supplémentaire mettant en péril la sécurité nationale ?

Alain JUILLET : La police et la gendarmerie subissent une forte pression, mais l'assument de manière exemplaire. Le problème vient de l'ultra violence qui se manifeste à chaque manifestation. Il est inacceptable que plus de 350 policiers aient été blessés ces dernières semaines. Il est malsain que certains trouvent cela normal, car si les forces de l'ordre cédaient cela donnerait le pouvoir aux casseurs de dévaster certaines localités avec la garantie d'une montée forte de l'extrême droite aux prochaines élections.

LPLD.fr : La sécurité des entreprises au sens propre du terme n’est-elle pas mise en péril face à ce contexte chaotique, car rappelons que nous sommes en «État d’urgence» qui vient d’être prorogé de deux mois pour l’Euro?

Alain JUILLET : L'état d'urgence n'a rien à voir ici, car il est activé pour nous protéger du terrorisme en facilitant le travail de la police et des services de renseignement jusqu'à la fin de l'Euro 2016. Dés l'été, les lois qui ont été votées ces derniers mois permettront de contrôler cette situation dans le respect des principes de la république. Le problème de la sécurité des entreprises n'est pas dû principalement au contexte actuel. Il faut en permanence affronter les problèmes d'incivilité, de radicalisation, d'attaques numériques, de pillage des données, de violation du secret des affaires, de surveillance des sites, et beaucoup d'autres ponts encore. Tous ces problèmes doivent trouver des solutions pour que l'entreprise réussisse à se développer normalement.

"Les Européens ne comprennent pas la situation puisque la plus grande partie des points de la loi El Khomry est déjà appliquée chez eux…ils constatent que nous sommes incapables d'évoluer...alors que le monde change autour de nous".

LPLD.fr : Le Medef n’a-t-il pas lui aussi joué aux apprentis sorciers avec la loi El Khomeri ?

Alain JUILLET : Je ne vois pas en quoi le Medef a joué les apprentis sorciers. Ce n'est pas lui qui est à l'origine du projet de loi et il n'a pas plongé la France dans le chaos. Dans chaque conflit chacun joue sa partition et défend ses intérêts. C'est la sagesse du politique de faire la part des choses et trouver une solution acceptable pour tous à condition que chacun soit raisonnable.

LPLD.fr : Grèves, blocages de raffineries, barrages… La crise du carburant qui touche la France et irrite au plus haut point , le Premier ministre qui s’en prend à la CGT qui bloque les raffineries, estimant qu’un conflit frontal, "c’est vieux, c’est conservateur". Voilà qui va apaiser les tensions d'ici l'arrivée de l’euro qui déboule dans à peine moins de 15 jours, l'évènement est-il menacé si les revendications et les blocages persistent selon vous?

Alain JUILLET : Cet événement mondial que représente l'Euro aura bien lieu, car je ne vois pas les syndicats empêcher le bon déroulement d'un événement majeur du sport favori des Français. Mais comme je l'ai dit plus haut, le tourisme et les visiteurs étrangers vont réfléchir à deux fois avant de venir chez nous dans cette période chaotique que nous traversons.

LPLD.fr : L’image de notre pays justement est en train de se dégrader considérablement à l’étranger, avez-vous des indications en ce sens, vous qui êtes en contact permanent avec le monde de l’entreprise au niveau mondial ?

Alain JUILLET : Les Européens ne comprennent pas la situation puisque la plus grande partie des points de la loi El Khomry est déjà appliquée chez eux. Ils constatent que nous sommes incapables d'évoluer et de nous remettre en cause alors que le monde change autour de nous. Cette position perçue comme suicidaire fait de la peine à ceux qui nous aiment pour nos qualités issues de la France de toujours, tandis que la majorité se réjouit de nous voir perdre progressivement notre statut de puissance économique de premier rang. Les statistiques actuelles nous donnent comme sortant des dix premières puissances mondiales dans 20 ans et ce qui se passe aujourd'hui le confirme malheureusement.

LPLD.fr : Ce contexte social ne favorise-t-il pas les risques accrus d’attentats sur notre sol selon vous , les renseignements (DGSI) sont ils à pied d'oeuvre?

Alain JUILLET : Cela n'a rien à voir si l'on parle de terrorisme islamique. Par contre la montée de l'ultra violence risque d'aboutir à la formation de groupuscules terroristes idéologiques ou anarchistes comme on l'a connu en Europe il y a 40 ans. Les services de renseignements vont avoir à surveiller cela de près pour éviter tout début de dérive dans les prochaines années.

Rédaction LPLD.fr

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