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HOMMAGE : « ROMAIN, MON AMI, LA BINOCLE..., AUJOURD'HUI, JE N'AI PAS DE MOTS NI D'INSULTES POUR LES BARBARES QUI T'ONT FAIT ÇA...»

Pierrick  âgé de 32 ans est aujourd'hui cuisinier, ici une semaine après les attentats devant l'atelier de guitares Éponyme, allumant une bougie en souvenir de Romain Naufle son ami d'enfance décédé des suites de ses blessures deux jours après les attentats parisiens du Bataclan. Les obsèques ont eu lieu au cimetière du Père-Lachaise le mercredi 25 novembre. (Crédits : D.R.) Pierrick âgé de 32 ans est aujourd'hui cuisinier, ici une semaine après les attentats devant l'atelier de guitares Éponyme, allumant une bougie en souvenir de Romain Naufle son ami d'enfance décédé des suites de ses blessures deux jours après les attentats parisiens du Bataclan. Les obsèques ont eu lieu au cimetière du Père-Lachaise le mercredi 25 novembre. (Crédits : D.R.)

Romain, mon ami, la Binocle....

Toi et moi, tout nous opposait. Nous nous sommes rencontrés en 1999 nous étions en seconde TSA (Technique des Systèmes Automatisés) au lycée François Mansard de Saint-Maur-des-Fossés (94). Je portais souvent des vêtements sportifs, parce que je pratiquais le rugby. Toi tu portais des jeans noirs un peu surtaillés, des tee-shirts noirs souvent à l’effigie de groupe comme les Gun's, Metallica, Jimmy Hendrix et autres... groupes dont les guitares étaient le poumon.

Mais nous avions réussi naturellement à surpasser ces différences pour en faire une amitié forte. Avec tes cheveux coiffés en brossé piqué, tes lunettes à grosses montures noires, nous te surnommions "La Binocle" référence à un dessin animé "Razmoket". Ce surnom tu l'avais sans problème accepté et même tu le revendiquais. Tu savais nous faire rigoler en jouant de ton personnage avec une grande autodérision, mais tu savais aussi avoir du répondant en ne manquant pas de nous trouver à nous aussi de p'tits surnoms. Moi tu m'appelais le gros nounours du fond de la classe, d'autres "le crevard", "Mao Zetong", "Mars attack" ou "le gothique" et j'en passe...

Lors de ces deux années passées ensemble au collège, je n'ai pas le souvenir d'avoir étudié ou d'avoir ouvert un classeur (vide) ou un livre en rentrant chez moi. En cour nous partions toujours en débat sur un sujet quelconque, en crise de rire, en bataille de boulette, des vrais gamins. Seule l'activité (bois-menuiserie) nous tenait attentifs. Passionné tu l'étais par le travail du bois, moi mon coté bricoleur et manuel me permettait d'avoir une occupation pendant les TP. On travaillait le bois, on bricolait, on apprenait, on arrivait à passer de la bande de rigolos à la bande de besogneux... Juste le temps de la pratique.

Nous étions une bande de "carpe diem". Nous profitions du moment présent et vivions au jour le jour. Nous passions pas mal de temps à organiser notre école buissonnière... Je me rappelle que nous essayons de prendre le cahier d'appel des profs pour pouvoir partir en oubliant 2 ou 3h de cours par-ci par-là. Ce temps libre nous le passions à nous promener dans Saint Maur pour être entre copains, être libre, jouer avec l’adrénaline de ne pas se faire prendre par les surveillants ou profs du lycée. Et quelques fois, on trouvait au fond de nos poches quelques pièces, parfois les jours de chance un billet, et hop direction l’épicerie du coin pour un petit pack de bière, des feuilles à rouler et des cigarettes. Nous partions armées de notre pack de bières bas de gamme nous cacher en contre bas de la route qui longe les quais de la Marne et nous y buvions nos bières et fumions nos cigarettes et "clopes magiques". Tuez le temps, vivre l'instant présent, je nous revois encore tous avec un sourire d’adolescent inconscient, fier de nos bêtises et encore plus fier de récidiver dès le lendemain. Dans cette petite clique il y a bien sûr toi, toujours prêt pour l'aventure, prêt à ne pas rater un moment avec tes potes. Victor L., le sage de la bande qui heureusement savait nous stopper dans notre élan ravageur et faire en sorte que chacune de nos escapades se termine toujours bien. Marc B. on l'appelait " l'allumette", pour sa grande taille, lui était le réserver, le timide et nous fournissait en ciga-magique... Mickael L. alias "Mao Zedong", non il n'était pas asiatique, mais avait des yeux légèrement bridés qui après quelques bouffées de "ciga-magique" se bridaient davantage, au point que l'on ne voyait plus ses yeux... Romain Z. lui, un sérieux client aussi, toujours près pour partir, tel un meneur. Et puis moi "Nounours" toujours un peu excessif à frôler avec la ligne bande blanche, à user les patiences... Nous passions de tellement bons moments. Mais les meilleurs d'entre eux avaient lieu en soirée. Surtout lorsque comme toute bonne bande d'ados, nous arrivions à trouver une maison délaissée en toute confiance le temps d'un week-end par les parents de l'un de nos potes. Tu ramenais souvent ta guitare et nous jouais des morceaux que seul toi comprenais, pour nous c'était de la musique, du bruit, du son. Mais toi tu rentrais dans ta bulle, une 1664 sur la table basse devant toi, une clope éteinte pendant 30 minutes dans le bec. Et tu jouais, jouais, jouais...et jouais encore... Parfois, tu poussais un léger râle de colère, car tu avais raté un accord. Pour nous, c'était magique...Tu nous transportais, via tes mélodies, dans ton univers musical.
Tu avais déjà ton côté perfectionniste, que tu as réussi à sublimer, au fil des années ou l'on s'est perdu de vue, comme les amis au grès du temps qui passe, sans s'oublier pour autant, bien au contraire. Preuve en est, tous tes amis, voisins, et clients que j'ai pu croiser ce matin devant ton atelier, une semaine après ta disparition au Bataclan.

Dans ma mémoire où demeurent mes souvenirs les plus forts, je me souviens d'un jour, ou plutôt d'une semaine que j'ai passée à vous emmerder tous pour que vous veniez me voir lors d'un de mes matchs de rugby. Vous me répondiez d'une seule voix que ce sport de bourrin ne vous intéressez pas, que voir de gros sacs se rentrer dedans était pour vous une perte de temps. Se réveiller un dimanche matin pour aller voir un match à 10h00 en plein mois de janvier dans le froid n'était pas pensable pour vous tous! Mais cette fois, tu étais venu. Je te vois encore appuyer à la rampe enlaçant le terrain de rugby, pendant notre échauffement. Je suis passé près de toi avant le coup d'envoi, on s'est serré la main. Tu m'as juste dit " t'es un fou, t'as pas vu que dans l'équipe d'en face ils sont plus costauds que vous, vous allez en prendre plein la gueule avec tes potes, et j'ai froid en plus..." Le match s'est déroulé sans pépins (du moins de notre côté).À la fin du match, je suis venu te voir dans la petite tribune, tu étais tout bleu de froid, complètement frigorifié. Tu m'as dit "faut que je rentre, j'ai trop froid..." en claquant des dents. Je te l'ai interdit et tu es venu participer à la troisième mi-temps avec nous. Tu t'étais bien réchauffé ce jour-là... quelques bières, quelques pastis, quelques ciga-magique... Tu m'as même dit que ça valait finalement le coup de jouer au Rugby, mais que si tu pouvais ne faire que les 3e mi -temps cela te conviendrait merveilleusement! Depuis cette journée, un lien nous unissait, tu étais entré dans mon univers, tu faisais partie des vrais amis, de ceux qui partagent les meilleurs moments de mon existence. Mais depuis cette journée tu étais devenu beaucoup plus chahuteur, prêt à tout pour me taquiner. Tu t'amusais à mettre toute ta force pour pouvoir me faire bouger d'un centimètre, en me poussant à coup de hanches, mais sans succès mon ami. Avec tes 50 kg et ton 1m70, tu ne pouvais faire bouger d'un poil le nounours de 80kg de 1m 80 que je suis... Loi de la nature oblige!

Voilà, aujourd'hui j'ouvre les yeux sur lesquels coulent mes larmes. Plus de 15 années ont passé. J'ai quitté le lycée pour rentrer en école Hôtelière et suis devenu cuisinier. Faisant partie d'une génération qui n'avait pas encore de téléphone portable ou internet, nous nous sommes perdus de vue. Nous avions retrouvé la trace l'un de l'autre, via Facebook, avions parlé deux-trois fois sur le tchat’, en nous promettant de nous retrouver vite pour boire un verre, en souvenir de ces moments passés, de notre jeunesse folle...Mais non, on se disait qu'on avait le temps et que la vie serait longue pour pouvoir faire cela! Le destin nous a devancés...ou plutôt nous a piégés. Aujourd'hui, je n'ai pas de mots ni d'insultes pour les barbares qui t'ont fait ça. Je m'en veux simplement de ne pas avoir organisé nos retrouvailles plus tôt, depuis que j'avais retrouvé ta trace...

Ce matin j'ai croisé Patrick, l'un de tes amis et voisins. Il veille sur ton atelier, rallume les bougies et rattache les bouquets de fleurs, soufflés par les courants d'air de la rue des Gâtines. Ce gars prend soin de ton bien, veille sur lui, veille sur ta famille, veille sur nous, ma Binocle.

Repose en paix, toi mon ami…pour l’éternité.

Pierrick le 27 novembre 2015.

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