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DE NOUVELLES RECRUES POUR LA POLICE AVANT DEUX ANS?

Force de police dans le quartier de la Reynerie de la cité du Mirail à Toulouse. (Crédit Photo : Jacques Langevin) Force de police dans le quartier de la Reynerie de la cité du Mirail à Toulouse. (Crédit Photo : Jacques Langevin)

Interview Christophe Rouget commandant de police chargée de la communication du syndicat des cadres de sécurité intérieure (SCSI)

Propos recueillis par Cédrik VIALA

La direction générale de la police nationale (DGPN) a lancé mardi dernier un "recrutement exceptionnel" de policiers, en réponse à l’engagement de François Hollande au lendemain des attentats de Paris, pour avoir de nouvelles recrues le plus rapidement possible sur le terrain afin de lutter plus efficacement contre le terrorisme qui frappe désormais notre pays.

LPLD.fr : Qu’est-ce qui a poussé la DGPN à organiser ce dispositif exceptionnel de recrutement ?

Christophe Rouget : Clairement l’urgence à répondre au contexte dans lequel nous nous trouvons depuis bien trop longtemps! Nous sommes aujourd’hui face à une menace globale et permanente. Dans cette situation où les policiers travaillent à flux tendus, les effets de la RGPP* depuis 2007, et sa conséquence, due à la pénurie de personnels, sont ressentis à plein dans les services qui doivent gérer la délinquance classique ; le flux des migrants, et les risques terroristes.

LPLD.fr : Le travail demandait aux forces de police n'a-t-il pas profondément évolué, ces dernières années?

Ch.Rouget : Oui, car il a fallu renforcer ces dernières années, d’une part les services de renseignements et d’autres part les services judiciaires, victimes de l’explosion du nombre de procédures liées à une judiciarisation grandissante de notre société et à un alourdissement exponentiel de la procédure pénale et des procédures administratives. Ces flux se sont réalisés notamment au détriment des effectifs de la police secours et des policiers généralistes. Les recrutements annoncés sont donc importants, mais entre le temps de l’annonce politique et celui de l’arrivée des personnels sur le terrain, c'est très long. La profession de policiers est exigeante, il faut d’abord sélectionner et recruter les personnels, puis les former. Ce délai prend au minimum 18 mois… Ce nouveau dispositif vise donc à accélérer l’arrivée de nouveaux policiers dans les services.

LPLD.fr : Expliquez-nous concrètement comment va se dérouler ce nouveau recrutement?

Ch.Rouget : Classiquement, par un concours type pour la fonction publique. C’est uniquement un concours supplémentaire avec un volume important (2500 postes) et une date rajoutée en mars en plus au calendrier initialement prévu.

LPLD.fr : Combien d'élèves gardiens de la paix pourraient être recrutés précisément ?

Ch.Rouget : Dans un premier temps, plus de 2.500 élèves gardiens de la paix intégreront les écoles de police à la suite d'un concours spécial organisé en mars prochain. La difficulté réside aussi dans les faits que la moitié des gardiens de la paix sont recrutés par les adjoints de sécurité. Parallèlement, il faut donc recruter autant de jeunes ADS pour combler les départs de ces jeunes qui exerçaient dans les services. Les résultats du concours de gardiens de la paix 2015 seront connus mi-avril 2016 : plus de 3000 élèves intégreront ainsi une école de police à l’automne. Plus de 4000 adjoints de sécurité seront recrutés en 2016. Le recrutement de ces ADS est important pour la police nationale, car ils secondent pleinement les gardiens de la paix.

LPLD.fr Comment vont s’adapter les écoles de Police face à ce recrutement, ne risque-t-on pas d'avoir une formation Lowcost?

Ch.Rouget : Fait nouveau, la durée de formation sera réduite (dans la plupart des cas de 12 à 10,5 mois) et les recrues auront une formation en alternance. Il faudra être effectivement attentif au niveau du recrutement, mais l’engouement pour les métiers de policiers est très important et les concours de la police nationale sont parmi les plus sélectifs de la fonction publique. Ainsi, pour le concours exceptionnel de mars, 25 000 dossiers ont déjà été déposés. Il faut le savoir, le concours d’officiers de Police est le plus sélectif de toute la fonction publique.

LPLD.fr : Quelle est la moyenne d’âge de ces futurs policiers, y-a-t-il un engouement des jeunes vers cette profession depuis les attentats, si oui pourquoi selon vous?

Ch.Rouget : Ces futurs policiers sont jeunes, ils ont le baccalauréat et la plupart d’entre eux poursuivent ou terminent des études secondaires. D’autres étaient déjà des adjoints de sécurité et sont recrutés par voie interne. Depuis les attentats, nous assistons à un mouvement civique et beaucoup de jeunes veulent intégrer l’armée ou la police pour participer à la protection de notre démocratie. D’ailleurs, la police est plébiscitée dans tous les sondages d’opinion. Les gens ont pris conscience de la nécessité d’avoir une police républicaine de qualité qui a les moyens de les protéger le mieux possible!

LPLD.fr : Internet a-t-il joué un rôle important dans ce recrutement ?

Ch.Rouget : Comme pour tous les recrutements privés et publics, internet et les réseaux sociaux occupent une part de plus en plus importante. Un clip vidéo rétrospectif de la mobilisation policière en 2015 annonçant ce recrutement exceptionnel est d’ailleurs disponible sur nos réseaux sociaux. Ce clip a été visionné plus de 3 millions de fois sur Facebook et 420 000 fois sur Twitter. Mais la police nationale et les services de la formation sont présents sur l’ensemble du territoire, dans de nombreuses manifestations locales, lors de salons afin de présenter tous les métiers de la police nationale. Le contact quotidien de la population avec les policiers est aussi un formidable vecteur de recrutement.

LPLD.fr ; Prévu initialement (5000 policiers et gendarmes) en 2018 après les concours et la formation de deux ans en moyenne, ce recrutement supplémentaire pourrait-il permettre à la France de se doter de nouvelles forces de police opérationnelles avant 2018, soit avant la fin du mandat de François Hollande?

Ch.Rouget : On peut bien sûr avoir une lecture politicienne de ses annonces, mais ces recrutements pour 2016 et 2017 s'inscrivent dans le plan pluriannuel que l'exécutif s'est engagé à mettre en œuvre après la fronde des policiers qui avaient manifesté en octobre dernier sous les fenêtres de la ministre de la Justice, Christiane Taubira. Il y a une prise de conscience globale de la population, mais aussi de l’ensemble de la classe politique. Une police efficace, c’est d’abord des hommes et des femmes bien formés et motivés.

LPLD.fr : Votre organisation syndicale ainsi que toutes les autres sont-elles satisfaites de ce dispositif?

Ch.Rouget : Ces renforts annoncés sont un juste retour des choses pour effacer les effets pervers de la révision générale des politiques publiques (RGPP), car les policiers sont souvent très fatigués par cette mobilisation permanente. Vingt millions d’heures supplémentaires sont en stock ! Parallèlement à ce recrutement, il faudra inévitablement supprimer les taches indues. Aujourd’hui, les policiers passent encore beaucoup trop de temps à exécuter des procurations ou garder des détenus dans les hôpitaux, cela doit cesser! Il faut également procéder à un choc de simplification administratif dans des services qui croulent, par exemple, sous les demandes statistiques quotidiennes. Enfin, il faut procéder à une révolution en matière de procédure pénale; contraventionnaliser des délits, oraliser les procédures et enfin changer le logiciel de rédaction des procédures de la police nationale (LRPPN) datant de 2011, obsolète et totalement chronophage.
N’est-il pas temps, enfin, au sein d’un même ministère où l’on arrive à saturation de services de coordination entre les deux forces, d’envisager sérieusement, pragmatiquement, budgétairement et sereinement l’avènement d’une seule force, comme c’est le cas dans la plupart des grands pays démocratiques?

Pour en savoir +...

* La révision générale des politiques publiques (RGPP) consiste en une analyse des missions et actions de l'État et des collectivités, suivie de la mise en œuvre de scénarios de réformes structurelles, avec comme buts la réforme de l'État, la baisse des dépenses publiques et l'amélioration des politiques publiques.
En France, la RGPP, ou révision générale des politiques publiques, démarre en 2007 au début du mandat de Nicolas Sarkozy, puis est remplacée en 2012, après l'élection de François Hollande, par la MAP (modernisation de l'action publique).

Cedrik Viala

‎Journaliste/Reporter indépendant, Directeur de la rédaction du site L'oeil Pour Le Dire (LPLD) http://www.lpld.fr

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