Flash Info :
NOUVEAUTE: L'ŒIL POUR LE DIRE ÉVOLUE POUR MIEUX VOUS INFORMER AVEC UNE NOUVELLE ÉQUIPE ET DE NOMBREUSES AUTRES NOUVEAUTÉS À VENIR POUR TOUJOURS PLUS D'INFORMATION EN 2017


"GARDONS NOTRE CALME, SOYONS EXEMPLAIRES... CONTINUONS À FAIRE NOTRE TRAVAIL TEL QUE NOUS L’AVONS TOUJOURS FAIT!"

(Crédits : Capture d'écran d'une vidéo sur YouTube) (Crédits : Capture d'écran d'une vidéo sur YouTube)

Exclusivité Interview Christophe Rouget commandant de police chargée de la communication du syndicat des cadres de sécurité intérieure (SCSI)

Propos recueillis par Arnaud de Saint Hilaire

LPLD.fr : Pouvez-vous nous rappeler qui a été à l’initiative de cette manifestation contre la haine anti-flic, organisée jeudi à Paris et dans plus de 60 villes françaises?

Christophe Rouget : Le syndicat Alliance est à l’origine de ce mouvement de protestation et a lancé le premier mot d’ordre de mobilisation. Toutes les autres confédérations syndicales, l’UNSA et la CFDT ont également suivi en demandant l’autorisation de pouvoir manifester sur la place de la république pour les revendications parisiennes. En revanche, cela a été refusé au deuxième syndicat de gardiens de la paix, Unité SGP Police – FO, qui souhaitait quant à lui, installer un second stand sur la place de la république. Sinon tous les syndicats de police étaient présents sur tout le territoire pour cette manifestation. Tous les corps de métiers de la police nationale étaient devant les commissariats de France pour marquer leur unité dans les désaccords, avec ce qu’il se produit à leur endroit depuis plusieurs mois maintenant.

"Quand on voit ces images, on ne peut qu’être outré..., ces groupuscules ultras violents ont purement et simplement tenté de commettre un homicide volontaire sur ces deux policiers"

LPLD.fr : La « manifestation "contre la haine anti-flic » a vu de nouveaux incidents notamment un véhicule qui a brulé et ses deux occupants blessés quai de Valmy dans le 10eme arrondissement que vous inspire cette nouvelle escalade de violence?

Ch.Rouget : Si dans l’ensemble ces manifestations se sont bien heureusement déroulées sans incident majeur, car elles étaient extrêmement encadrées par les gendarmes mobiles qui avaient pris le relais en bloquant par exemple la place de la république et d’autres quartiers en province afin d’éviter d’éventuels heurts, ce qu’il s’est passé à Paris en marge de notre manifestation n’a pu hélas, être évité… Quand on voit ces images on ne peut qu’être outré, voir inquiet pour la suite, car ces groupuscules ultras violents ont purement et simplement tenté de commettre un homicide volontaire sur ces deux policiers. Outré, mais également soulagé que ces deux policiers n’aient pas été grièvement blessés ce qui paraît incroyable vu la violence des faits !

LPLD.fr : Que voudriez-vous dire à ces deux policiers victimes de ce déferlement de haine aujourd’hui ?

Ch. Rouget : Ce qui est invraisemblable c’est que c'est justement cette haine que nous dénonçons depuis des semaines. Elle est arrivée à son paroxysme le jour même ou nous nous rassemblons pour interpeller nos concitoyens et le gouvernement ! La médaille qu'a reçue Kevin Philippy, l'adjoint de sécurité (ADS) violemment agressé par des casseurs, mercredi 18 mai en marge de la manifestation "contre la violence anti-flics" a su garder son sang-froid et rester calme. On comprend combien son acte de bravoure est fort, surtout lorsqu’on le voit (sur la vidéo qui circule sur le net) se faire agresser sans faire usage de la violence à aucun moment, alors que son intégrité physique est directement menacée. Nous voyons bien ici que nos policiers sont bien formés ! Cette situation extrême reflète pour moi l’ensemble de l’état d’esprit des forces de police sur la voie publique. Ils sont présents, mais restent raisonnables face à la violence qu’il leur est opposé. Cet épisode qui aurait pu être dramatique démontre combien la police française est l’une des polices qui utilisent le moins la force, lors de problèmes d’ordre public.

LPLD.fr : Ne pensez-vous pas qu’avec ce nouvel incident la rupture entre une frange de la population et les forces de l’ordre est consommée ?

Ch. RougetBien au contraire, il n’y a pas du tout de rupture, quand on voit les sondages qui ont été réalisés récemment, on constate que 82% des Français ont une bonne image de leur police et que 91% ont soutenu notre mouvement de protestation. Par contre, nous avons une majorité silencieuse de français qui nous soutient et qui est exaspérée de voir certains groupuscules extrémistes casser les centres-villes, s’attaquer aux biens des personnes et aux policiers. Nous avons toutefois une frange radicale qui vient de divers horizons; anarchistes, ultra gauche, zadistes, altermondialistes ou autres, qui eux excellent dans l’utilisation des réseaux sociaux pour véhiculer des images fortes, comme le font régulièrement les extrêmes en faisant passer leurs messages ultras violents par les images qu’ils postent sur le Net. Cette surexploitation médiatique par les réseaux sociaux, mais également par les chaines d’infos continues participe à attiser la haine anti flic. Mais l’on vient bien que cela ne fonctionne pas notamment avec le soutien important que nous avons eu jeudi avec des populations qui sont notamment venues devant les commissariats pour démontrer leurs désaccords face aux violences commises par ces groupuscules extrémistes.

"Ce qui a changé ces dernières années est caractérisé par une sorte de professionnalisation de ces groupes violents. Ces sortes de guérilleros de la voie publique qui eux sont devenus des spécialistes..."

LPLD.fr : Comment ce type d’évènement peut se produire alors que l'État d’urgence est activé depuis novembre dernier, et qu'il vient d'être prorogé deux mois de plus pour l'Euro, l’État est-il assez ferme selon vous?

Ch.Rouget : Les problèmes liés au maintien de l’ordre ne sont pas nouveaux en France, en revanche ce qui a changé ces dernières années est caractérisé par une sorte de professionnalisation de ces groupes violents. Ces sortes de guérilleros de la voie publique qui eux sont devenus des spécialistes, et qui ont bénéficié du soutien de tous ceux qui par leurs communications et leur propos n’ont cessé de jeter de l’huile sur le feu et d’exacerber les tensions. En revanche, concernant l’État d’urgence je pense qu’il ne faut pas le dévoyer et mélanger les deux problématiques, car ce n’est que quelques armes supplémentaires d’ordre administratif, telles que les perquisitions de nuit, les assignations à résidence essentiellement qui sont des moyens supplémentaires donnés à l’État français, aux préfets pour gérer le terrorisme depuis les derniers attentats parisiens. Nous avons toutes les possibilités juridiques à notre disposition pour faire face aux problèmes d’ordre public et à ces attaques anti-policiers, lors de ces manifestations.

LPLD.fr : Les Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS) et les gendarmes mobiles semblent pourtant rencontrer des difficultés pour maintenir l’ordre depuis plusieurs semaines, pourquoi selon vous ?

Ch. Rouget : Ce qui reste toutefois très compliqué pour les forces de l'ordre, c’est l’accumulation des problématiques, en devant faire face à la fois au terrorisme, à la mondialisation, aux opérations sentinelles, avec des lieux à surveiller qui sont toujours plus nombreux, des événements comme la Cop 21, le problème des migrants qui mobilise des compagnies de CRS et de gendarmes mobiles à Calais et l’Euro pendant un mois qui se profile…La difficulté de gestion est bien là, nous nous retrouvons aujourd’hui, contrairement à l’époque du CPE ou nous avions uniquement le problème de maintien de l’ordre public à gérer, et non pas à prendre en compte un nombre ahurissant de missions avec de surcroit moins de policiers qu’a l’époque du CPE !!! Nous sommes encore très loin d’avoir les effectifs que nous avions en 2005… dû aux 13 000 policiers et gendarmes supprimés lors du précédent quinquennat. Notre principal souci aujourd’hui, est cette mobilisation constante sur les manifestations liées à la loi travail et l’Euro qui arrive dans moins d’un mois !

LPLD.fr : Cette ferveur envers les forces de l’ordre au lendemain des attentats de novembre dernier qui a vu de nombreux jeunes rejoindre les rangs de la police, avec une ouverture de nouveaux concours en mars dernier, ne permet-elle pas l’arrivée sur le terrain de nouveaux éléments vu la situation?

Ch. Rouget : C’est envisageable bien sûr, mais il est impossible de rattraper les baisses successives d’effectif, car le métier de policier est très exigeant et nécessite l’excellence dans la formation des personnels. Les nouveaux effectifs arrivent au compte-goutte, car être bien formé prend en moyenne deux années. Les écoles de police sont actuellement pleines d'élèves gardiens de la paix, car nous avons en effet créé des concours supplémentaires extraordinaires, tout en réussissant à condenser la scolarité des gardiens de la paix à dix mois et demi, afin qu’ils soient le plus rapidement opérationnels sur le terrain. Notre métier est exigeant et nous ne pouvons brader la scolarité de ces jeunes, qui dès la sortie des écoles seront immédiatement confrontés à ce type groupes d’individus dangereux, comme a pu le vivre malheureusement le jeune policier, attaqué avec une rare violence ! C’est toute la difficulté du métier de policier qui doit permettre à chacun d’être préparé à gérer ce genre de situation extrême. Nos services ont d'ailleurs pu constater que la population soutient nos forces de police et que ces casseurs n’ont en rien atténué la forte demande des jeunes qui souhaitent s’engager dans la police.

LPLD.fr Le collectif « Urgence notre police assassine » avait pour interdiction de contremanifester jeudi et a malgré tout fait irruption dans votre manifestation, quel est ce groupuscule ?

Ch. Rouget : Oui en effet ce collectif était fortement présent sur la contremanifestation place de la république, mais ces collectifs sont toutes fois peu nombreux, il faut l’avouer. Le problème vient du fait qu’il y a une concurrence doublée d’une émulation entre les différents collectifs et groupuscules qui font de la surenchère entre eux pour exister à travers la violence de leur propos et de leurs actes dans cette nébuleuse qui a un même objectif : s’attaquer de front aux lois de la république et à tous ses symboles. Pour nous policiers, la liberté de manifester est fondamentale pour notre démocratie. Notre manifestation avait justement lieu pour clamer haut et fort que nous ne pouvons pas laisser cette minorité d’extrémistes violer impunément les lois de la république et les policiers être les cibles du déchainement de leur violence.

LPLD.fr : De nombreux Français malgré la difficulté d’interdire dans l’absolue le droit de manifester, ne comprennent pas comment les autorités ont pu laisser ces groupes violents se rassembler et commettre des actes de violence tels que l’incendie d’une voiture de police avec des représentants de l’ordre à son bord ?

Ch. Rouget : Cette contremanifestation était non autorisée, je tiens d’ailleurs tout particulièrement à remercier les gendarmes mobiles qui avaient pris le relais pour le maintien de l’ordre durant la manifestation des policiers, et sont intervenus avec professionnalisme dans le calme en empêchant les incidents sur tout sur le territoire, notamment avec de nombreuses manifestations qui n’étaient pas prévues pendant cette journée. Ce type d'évènement n’est hélas pas rare malheureusement, mais je tiens à souligner que la sécurité a été maintenue par les gendarmes sur le site de la place de la république, comme ailleurs en France.

LPLD.fr : De nombreux groupes extrémistes seraient pour la plupart identifiés et compteraient entre 700 et 1000 individus en France qu'en est -il?

Ch. Rouget : Le chiffre que vous avancez correspond à une fourchette assez vaste. Bien sûr il y a la DGSI, et tous les services de renseignement en France qui sont chargés, au-delà du terrorisme, et c’est bien là que réside la difficulté, de devoir gérer aussi tous les mouvements d’extrême droite et d’extrême gauche, anarchistes, altermondialistes, zadistes…, qui font l’objet de surveillances, dont certains sont fichés. Mais nous voyons bien également au cours de ces manifestations que viennent aussi s’agglomérer d’autres individus, qui ne sont pas identifiés. Prenons l’exemple de Rennes, avec un policier qui a été victime d’une tentative d’assassinat, des individus lui ont retiré son casque, et lui ont ensuite infligé de violents coups de barre de fer à la tête, dans le but de donner la mort. L’individu qui a été interpellé et qui est aujourd’hui mis en examen est un jeune bachelier. Cet exemple démontre que ces groupuscules de casseurs connus des services font du prosélytisme et que des jeunes viennent participer à ces violences comme une sorte de baptême du feu en quelque sorte.

"Ce qui est primordial désormais c’est que nous puissions mettre des moyens en collaboration avec des confédérations syndicales, afin d’éviter que des casseurs et des extrémistes ne se retrouvent au milieu des manifestants".

LPLD.fr : Le droit de manifester est certes un droit fondamental de notre république, mais ne faut-il pas toutefois interdire les manifestations actuelles dues au risque de débordements de plus en plus fréquent à chaque manifestation avec la présence de groupes radicaux qui infiltrent les manifestations à quelques semaines de l’Euro?

Ch. Rouget : Non, je pense que notre démocratie ne doit pas intervenir pour interdire le droit de manifester. En revanche, il faut bien dissocier deux choses. Il y a des gens qui manifestent contre « la loi travail » et c’est ce que nous permet légitimement notre république, et il y a les autres manifestations anti policières qui sont le prétexte pour venir casser et s’opposer frontalement à l’état de droit. Je crois qu’il ne faut pas se tromper de genre, et qu’il est important maintenant de faire la différence et de mettre les moyens nécessaires, comme ce fut le cas à Rennes, ou nous avons filtré l’arrivée des individus présents à la manifestation et interpellés ensuite en amont tous les individus qui portaient des casques et qui été muni de harpons, de barres de fer, d’acide, de fumigènes, de masques pour se protéger de lacrymogène, etc. Ce qui est primordial désormais c’est que nous puissions mettre des moyens en collaboration avec des confédérations syndicales, afin d’éviter que des casseurs et des extrémistes ne se retrouvent au milieu des manifestants. Il faut parvenir à modifier la préparation des manifestations pour permettre à ceux qui viennent dans le calme manifester de le faire en toute sécurité. Ce qui nous permettra d’intervenir immédiatement et avec fermeté sur ceux qui commettent des dégradations et des actes de violence. Nous constatons par ailleurs que de plus en plus de citoyens sont exaspérés de voir des groupes casser du mobilier urbain, des vitrines de magasins, des voitures, ou encore détruire des rues. Il faut stopper net cela et mettre devant leur responsabilité les confédérations syndicales qui jettent de l’huile sur le feu telle que la CGT avec ses campagnes d’affichages qui font de la manipulation et profitent de la violence de certains à des fins politiques.

LPLD.fr : Ces mouvements qualifiés d’extrême gauche ne sont ils pas justement difficiles à gérer pour des raisons de politique politicienne à un an des élections présidentielles?

Ch.Rouget : Tous les milieux politiques font de chaque événement une exploitation. Si les casseurs étaient d’extrême droite, nous aurions droit à son exploitation par le gouvernement et sa majorité comme par l’opposition. C’est certainement plus compliqué à gérer pour le gouvernement actuel qui provient de la même tendance originelle, je crois qu’il faut réfléchir au-delà de ces considérations, car les citoyens attendent désormais une réponse ferme de nos politiques. Il y a certainement eu une période de flottement, mais je pense que si comme l’ont annoncé, le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur jeudi dernier, ils mettent en ordre des consignes strictes, il n’y aura, à l’avenir plus de problèmes avec ce type de débordement.

LPLD.fr : Les consignes strictes que vous évoquez, ce sont par exemple que les préfets donnent des ordres beaucoup plus dissuasifs aux forces de l’ordre et ne se laissent plus déborder ?

Ch.Rouget : Les images que nous avons pu voir ces dernières semaines ont toujours existé hélas. Rappelez-vous des manifestations de 1995, des émeutes plus récentes à Clichy en 2005, ou encore les manifestations lors du CPE, tout cela fait partie intégrante de la gestion du maintien de l’ordre. Je pense que les préfets doivent effectivement donner des consignes claires en priorité lors de l’organisation des manifestations, puis sur le choix des parcours, et il faut que les services d’ordre soient systématiquement mis en place. On constate que cela déjà été le cas lors des dernières manifestations.

LPLD.fr : Qu’elle message souhaitez-vous faire passer à vos collègues et aux citoyens qui vont continuer à manifester les prochaines semaines?

Ch.Rouget : Je crois qu’il faut dire à l’ensemble de nos collègues de tous grades, de garder leur sans froid comme ils l’ont fait jusqu’ici. Ils doivent continuer à démontrer que nous sommes une police républicaine qui a des compétences reconnues à travers le monde notamment pour l’efficacité de son maintien de l’ordre sans l’usage des armes. Ce qui n’est pas le cas dans de très nombreux autres pays, comme l’Angleterre et les États-Unis où l’on compte souvent de nombreux blessés parmi les manifestants. De telles violences de la part des forces de l'ordre n'existent pas en France bien heureusement. Je lance ce message à tous mes collègues ; gardons notre calme, soyons exemplaires, et utilisons positivement cet élan qui a eu lieu à l’issue de notre manifestation, démontrant que la population française soutient sa police, et continuons à faire notre travail tel que nous l’avons toujours fait notamment depuis ces derniers mois.

Pour en savoir +...

Campagne de la CGT qui ne cesse d'adresser des affiches et des messages belliqueux au gouvernement pour faire annuler sa loi travail depuis le mois de mars dernier.

Message de l'affiche :

"Ils ont osé le 49.3 pour faire passer la #LoiTravail !"
"Le gouvernement a engagé un coup de force contre la démocratie, contre l’avis des travailleurs. Alors que 3 Français sur 4 y sont opposés, cette attaque est une honte !
Trop c'est trop ! Le 12 mai, tous en grève reconductible jusqu’au retrait de cette loi !"

Rédaction LPLD.fr

L'œil Pour Le Dire

Connectez-vous pour commenter

Compte à rebours des législatives 2017

Contributeurs LPLD

2014 © LPLD - L'Œil Pour Le Dire | Tous droits réservés